vendredi 6 avril 2012

Memento

Comme certains j’imagine, je n’étais pas très proche
De Richard et pour moi, il n’était que Descoings.
A peine une fois ou deux ai-je touché sa poche,
Au détour d’une marche, d’un banc ou d’un coin.

Ce matin réveillée, j’entends cette nouvelle :
Le Mali est en feu mais Descoings s’est éteint.
Pendant cinq ans bientôt, rien de sensationnel
Et pourtant je découvre, je croyais Richie mien.

De problème de sciences-piste, en voilà un chagrin,
Voir la rue Saint Guillaume qui a perdu son lion,
Dans l’étude surement, nous nous consolerons.

Enfin c’est aujourd’hui que j’apprends avec d’autres,
Que chacun de Richard était un peu apôtre,
Et que pour toute une vie, à Sciences Po j’appartiens

samedi 24 septembre 2011

La méprise de Nana

J'ai crus voir sur l'huis l'âme de mon mignon,
Qui venait follement piétiner mes amours
Crachant à qui l'écoute le lait du giron
Comme il est fort naïf, jeune on le croit balourd,

J'ai commis la méprise de laisser genoux,
Sous la tête rieuse de l'enfant pieux,
Malheureuse étourdie, je frappais tout à coup,
Le coeur qui aussitôt se libérait de dieu.

Longtemps je l'ai laissé fureter dans mes jupes,
Que dis-je, s’enivrer du bord de mes chevilles,
Je le croyais nigot, peuh, il n'était pas dupe,
Il savait que je ne suis pas des chastes filles.

Un jour je crus pouvoir m'échapper de la fête,
Mais l'affreux sottement me tenait le crachoir,
Déjà j'étais découverte, et me trouvais bête,
Je ne savais comment sinon le faire boire.

J'eus bientôt à mon bras une bien ivre loque,
Balbutiant des mots doux aux nombreux soupirants,
Que j'avais, oublieuse, conviés en rentrant,
Du théâtre où jouait mon mignon d'amerloque.

Point n'est assez de dire mon fort embarras,
d'être ainsi embrassée par le fougueux babil,
de ce gamin ganté, pouponnant et bien gras,
Il faudrait pour sortir de ce pas être habile.

Cependant si nature me fit généreuse,
Elle-même traîna à me donner l'habit,
Des lumières du mot, de la tournure creuse,
Qui sauve maints galants, quoique bien malappris.

Me voilà donc honnête, en mauvaise posture,
Quelle belle leçon, on ne m'y prendra plus,
Je laisse aux érudits les joies de l'imposture,
Et garde de l’idylle un goût amer et cru.

mardi 20 septembre 2011

musicale nocturne

Mardi neuf heures du soir, j'ai pris le train encore,
Echaudée du voyage et rompue aux machines,
Je rêve que les sièges meuvent leurs corps,
et que leurs pieds arqués me chantent des comptines.

Immobiles et pourtant je les vois se mouvoir,
Tels des araignées en file dans le couloir,
Leur silence est pesant, je préfère qu'ils piaillent,
Que je rie avec eux, que je fasse ripaille.

Point n'est drôle en effet, le trajet du retour,
Esseulée sur mon siège, en peine de discours,
J'aime à imaginer qu'ils dansent et se dandinent
Rompant de leur ballet la nocturne routine.

Il en va de ses jours où, aussi, fatigués,
Ils s'épanchent à moi, aigrie de leur wagon,
Partageant leur émoi de me voir épuisée,
Ils défendent en chantant leur étrange lagon.

Où je vois vase clos, où je pense prison,
Ils s'octroient la folie d'y trouver poésie,
Et tentent par leurs cris d'énoncer leur vision,
Mais j'ai du mal ce soir à croire l’élégie.

Fermant quelques instants les yeux en malpolie,
Je me fais rappeler à l'ordre par mon séant,
Enfin qui ose ainsi révéler son ennui,
A l'écoute des bruits des hôtes bienveillants.

Car reconnaissons-le, nous nous sommes invités,
Aux chaises musicales de ces strapontins
Sans moindre prévenance, nous nous sommes affalés
Au point qu'on ne sait plus qui sont les vrais pantins.

dimanche 14 août 2011

Normandie

Des haltes Normandes, j'ai préféré Honfleur
Les ardoises noircies des villes hanséatiques,
Les fantômes pêcheurs, les pavés anarchiques,
Et surtout de la pluie l'étonnante fraîcheur.

Arrivée au matin, le bout des pieds tout froid,
J'ai trouvé premier refuge au lavoir perdu
Jusqu'aux tuiles oranges du faîte du toit
La mousse avait, contre, irrémédiablement crûe.

Les mâts, tels des archers, crissaient le long des cordes
Demandant aux passants, pour eux miséricorde,
Symphonie silencieuse en d'eau le long du port.

Car enfin découvrons, Baudelaire l'a fait,
Du village cendré, les multiples attraits,
Et trouvons de son gris, les ardents reflets d'or.

dimanche 10 juillet 2011

Le Club de Rome, quèsaco?

Je regardais un cours de Jean-Marc Jancovici sur l'énergie au XXIe siècle et, au détour de quelques graphes, celui-ci décide de poser une question à l'amphitéâtre: "Qui parmi vous a déjà entendu parler du Club de Rome?"; question à laquelle s'impose une réponse malheureuse: "personne".
JMJ est sidéré manifestement de cette jeunesse inculte. Etant moi-même face à la vidéo, je m'identifie à ces élèves et, bien sûr, si mes expériences m'ont amenée à entendre parler à de nombreuses reprises du Club de Rome et du rapport Meadows, si les grandes lignes de ce document reviennent à ma mémoire, je ne peux m'empêcher de faire le constat de ma propre inculture, ou plutôt de mon absence chronique de curiosité.
Combien sommes-nous à avoir accès à ces informations qui foisonnent et combien sommes-nous à nous contenter de ces bribes de connaissance qui nous parviennent, sans chercher à aller plus loin?

Ayant, du coup, fait quelques recherches, j'en profite pour transmettre ce que j'en ai retenu, et que, sans doute, plusieurs d'entre vous connaissent déjà. Je précise que cet article n'est qu'un petit résumé de nombreuses sources dont je cite certaines en mini-bibliographie à la fin.

En 1968, plusieurs industriels, intellectuels et représentants de différentes institutions se réunissent à l'Accademia dei Lincei à Rome pour demander à des scientifiques du MIT, majoritairement dynamitiens des systèmes, de modéliser (selon la méthode d'étude de la dynamique des systèmes) l'évolution du monde s'il devait demeurer tel qu'il est. Pour les deux principaux membres du Club, Aurelio Peccei (membre du conseil d'administration de Fiat) et Alexander King (scientifique et ancien directeur scientifique de l'OCDE), il s'agit de faire des prévisions, à long terme, sur l'évolution d'un certain nombre d'indicateurs (population, pollution, production...) compte tenu d'un postulat de départ de niveau de production, de croissance économique, d'évolution démographique, etc.
Ce travail a été effectué par une équipe dirigée par Dennis Meadows (ce qui explique son autre nom de Rapport Meadows & al.) et fut publié en 1972 sous le nom de "The Limits to Growth".

De nombreuses choses ont été dites sur ce rapport, et sur les conclusions qui auraient été tirées par les chercheurs, dont la plupart sont erronées et, n'ayant moi-même pas lu ce rapport, je vais essayer de n'évoquer que les informations qui me semblent tirées de sources fiables. 

-Le rapport établit que les réserves connues de pétrole de 1970 correspondaient à 30 ans de production.
Si cette affirmation ne signifie pas (comme nous avons pu le constater) que le pétrole disparaîtrait en l'an 2000, c'est principalement car l'évaluation des ressources fossiles réponds à une classification entre les réserves 1P -prouvées-, 2P -prouvées et probables-, 3P -prouvées, probables et possibles- qui permet d'amener à des résultats divergents quand à l'évaluation des ressources. Les réserves d'hydrocarbures ont augmenté depuis les années 70, du fait des découvertes qui ont eu lieu entre temps mais aussi de réévaluations successives des réserves probables, ainsi que du fait de l'innovation technologique qui permet d'avoir accès à des ressources qu'on pensait inaccessibles. Que ce report dans le temps soit amené à être indéfiniment renouvelé, rien n'est moins sûr.

-La croissance matérielle n'est pas envisageable indéfiniment; l'arrêt 'forcé' de la croissance impliquant une diminution brutale de la population ainsi qu'une dégradation des conditions de vie.
Cette conclusion est la résultante d'un modèle d'étude du système 'monde', organisé autour de nombreuses variables comme la surface cultivable disponible par individu, le capital industriel global et notamment de l'effet de la pollution, qui vient doubler l'action de l'homme sur son environnement. Ce modèle dans son ensemble est surement incompréhensible à la plupart des individus de mon espèce. Ce qui en revanche semble assez facile à imaginer dans un système clos, c'est que l'utilisation de ressources finies (même pour la partie 'renouvelable') est elle-même finie, les seules variables d'ajustement étant l'intensité avec laquelle nous les utilisons/transformons et l'efficience avec laquelle nous le faisons. Mais ces variables n'introduisent pas de possible infinité du processus pour plusieurs raisons.
Tout d'abord parce que l'amélioration de l'efficience (énergétique) de nos moyens de productions a été largement compensée par l'augmentation de l'intensité avec laquelle nous produisons (croissance liée à la démographie et à l'augmentation globale du niveau de vie). Ensuite parce que la notion de recyclage n'est pas un absolu infini mais seulement une sorte d'effet atténuateur de notre impact entropique. L'entropie, concept thermodynamique découvert par Rudolf Clausius, correspond -en gros- à un état de désordre de la matière. Toute production (dans notre cas) d'un bien se fait au moyen de transformations de la matière qui nécessitent et libèrent de l'énergie dans le système extérieur, créant du désordre et donc augmentant l'entropie globale du système. Or plus l'entropie est élevée, moins nombreuses sont les possibilités de transformation de la matière. Ce processus est, dans la nature, irréversible, car un retour à la situation de départ (refaire un arbre avec une table par exemple) nécessite un nouvel apport d'énergie (soit de l'objet lui-même: la table, soit du système extérieur). Dans le cas de la table et de l'arbre précisément, l'apport d'énergie devrait également se doubler d'un apport de matière (celle éliminée lors de la fabrication) mais ceci est un autre sujet. Le recyclage correspond ici à un essai du retour à la situation finale sans passer par la situation initiale (faire du papier à partir de papier sans repasser par la case 'arbre'). Le problème qui se pose alors est que l'entropie de l'objet 'papier' est bien plus faible que celle de l'objet 'arbre', du fait de la libération d'énergie qui a résulté des transformations successives. Refaire du papier à partir de papier nécessite donc un apport extérieur, apport qui se traduit par l'utilisation d'énergie, quelque que soit la source -charbon, nucléaire, électricité- utilisée. 
Le recyclage ne signifie donc pas un arrêt de notre consommation des ressources mais l'introduction d'une part de ressources manufacturées réutilisées dans un processus classique de production. Si on ajoute à cela que le produit recyclé a une entropie encore plus faible que l'objet à partir duquel il est fait, on arrive très rapidement à une impasse où recycler l'objet recyclé demande plus d'apport extérieur d'énergie que de produire à partir d'un bien naturel.

Cette explication est une digression par rapport à mon sujet initial, mais l'entropie est l'un des concepts fondamentaux qui permettent de mieux comprendre pourquoi il n'est pas suffisant de chercher uniquement à améliorer l'efficience énergétique de nos processus de production (amélioration limitée par définition) mais également à tenter de réduire notre consommation globale de biens (même recyclés) -ou à réduire le nombre d'individus sur terre, ce qui, sur le plan éthique et humain, paraîtra évidement pour beaucoup, la pire des deux solutions.
Je ne sais pas si cette question de l'entropie a été évoquée/utilisée par les chercheurs du rapport Meadows, dont le modèle fonctionne essentiellement sur des 'boucles de rétroaction' présentant les interventions (directes/indirectes, immédiates/différées) de différents paramètres interagissant les uns sur les autres, sur l'environnement et sur l'état des ressources naturelles.

La deuxième -mais principale- conclusion du rapport n'est pas une prédiction absolue (les chercheurs se sont fondés sur plusieurs scénarios indicatifs) mais anticipe, à un terme proche du début du XXIe siècle, une baisse importante des principales variables que sont (dans l'ordre chronologique indiqué dans le rapport): les ressources naturelles, le quota alimentaire, le produit industriel par tête, la pollution, et enfin la population. Toutes ces baisses (relativement rapides) sont précédées, pour chaque indicateur, d'une hausse toute aussi rapide, mis à part pour les ressources naturelles, hausse que nous sommes vraisemblablement en train de vivre depuis quelques dizaines d'années.
Cela signifie toute simplement une dégradation de nos conditions de vie (moins de nourriture, plus de pollution, un pouvoir d'achat réduit, une diminution des échanges de biens et de personnes...) avec pour conséquence, une augmentation du taux de mortalité global.

Un deuxième scénario est évoqué par le rapport, dans lequel ce n'est plus la pénurie des ressources naturelles qui est le premier élément de cette dégradation générale, mais l'augmentation de la pollution. Les ressources sont ici considérées comme relativement illimitées et non-contraignantes dans l'évolution de notre consommation et c'est l'augmentation de la pollution liée au rythme soutenu de notre production, qui entraîne la dégradation de notre environnement et finalement les mêmes évolutions que dans le 1er scénario.

Plusieurs scénarios sont ainsi développés (que vous pouvez notamment retrouver sur le blog de JMJ: http://www.manicore.com/documentation/club_rome.html) et je ne ferais que plagier ma source en les évoquant tous en détail.

Je n'irai pas plus loin dans cet article sur l'étude et la description du Club de Rome et du rapport Meadows car cela reviendrait également à reproduire -médiocrement- des discours plus complets qui ont déjà été énoncés. Pour en revenir simplement à mon interrogation première sur la renommée de ce Club et sur notre propension à l'indifférence intellectuelle, je ne peux espérer, pour mon article, mieux que d'être pour certains de mes lecteurs la porte d'entrée sur d'autres recherches.

Nul doute que j'aurai à l'avenir d'autres épisodes de réveil intellectuel (la chute n'est sans doute pas irréversible mais elle est très certainement itérative) et j'essaierai de vous faire partager mes interrogations.
Vale Tibi! (dixit un proche modèle intellectuel)




Biblio:


Factor four: doubling wealth - halving resource use : the new report to the Club of Rome

Par Ernst U. von Weizsäcker,Ernst Ulrich Weizsäcker,Amory B. Lovins,L. Hunter Lovins


La décroissance. Entropie - Écologie - Économie (1979)
Par Nicholas Georgescu-Roegen. 


http://fr.wikipedia.org/wiki/Entropie (et pour les scientifiques: http://www-ipst.u-strasbg.fr/cours/thermodynamique/princip2.htm )

lundi 20 juin 2011

Du haut de la grand tour, je vois le tout Paris,
Il fait vent fort ce soir, et j'ai la main de glace,
J'imagine d'ici, que le monde s'oublie,
Et j'ai froid dans le coeur, et j'ai le vent de face.

Donnez passants aigris, du temps au vieux Paris,
Il chante bon matin, l'humanité moderne,
Laissez-le vous séduire et griser votre nuit,
Vous verrez, votre jour, n'en sera que moins terne.

Passez, passants pressés, sous ma fenêtre grise,
Laissez monter chez moi, des bribes de vos vies,
Amitiés inconnues dont je me suis éprise,
Que de l'adversité jamais je ne m'ennuie.

J'aime donc au matin donner à la rue calme,
Ma première humée, la naissante conscience,
Et de tous les auteurs je vous donne la palme,
De l'intrigue fleurie, de la chère impatience!

Je vois chacun de vous, courir à l'heure des laudes,
Vers un semblant d'amour et fuir le quotidien.
Il faut pour s'échapper, non des contrées plus chaudes,
Mais de l'autre vie vraie, redécouvrir le vin.

Allez de vos maisons trouver la première pierre,
Apprenez son histoire et sachez d'où elle vient,
De là on s'enracine et trouve lumière,
On fait de l'alentour, un monde qui est sien.

J'aime à croire aux mirages, alors que tout s'embrume
Lorsque j'entend les sons des clochers de Vavin,
D'Hyères, de Nogent et même de Pamplune
J'ai le frisson léger de vos rêves lointains.

Hors vous fantômes las, de mes pieux matins,
J'ai des hordes d'images, impassibles badauds,
Qui bordent les allées et qui font les malins,
fifres étourdissants d'un Paris de bistrots.