lundi 20 juin 2011

Du haut de la grand tour, je vois le tout Paris,
Il fait vent fort ce soir, et j'ai la main de glace,
J'imagine d'ici, que le monde s'oublie,
Et j'ai froid dans le coeur, et j'ai le vent de face.

Donnez passants aigris, du temps au vieux Paris,
Il chante bon matin, l'humanité moderne,
Laissez-le vous séduire et griser votre nuit,
Vous verrez, votre jour, n'en sera que moins terne.

Passez, passants pressés, sous ma fenêtre grise,
Laissez monter chez moi, des bribes de vos vies,
Amitiés inconnues dont je me suis éprise,
Que de l'adversité jamais je ne m'ennuie.

J'aime donc au matin donner à la rue calme,
Ma première humée, la naissante conscience,
Et de tous les auteurs je vous donne la palme,
De l'intrigue fleurie, de la chère impatience!

Je vois chacun de vous, courir à l'heure des laudes,
Vers un semblant d'amour et fuir le quotidien.
Il faut pour s'échapper, non des contrées plus chaudes,
Mais de l'autre vie vraie, redécouvrir le vin.

Allez de vos maisons trouver la première pierre,
Apprenez son histoire et sachez d'où elle vient,
De là on s'enracine et trouve lumière,
On fait de l'alentour, un monde qui est sien.

J'aime à croire aux mirages, alors que tout s'embrume
Lorsque j'entend les sons des clochers de Vavin,
D'Hyères, de Nogent et même de Pamplune
J'ai le frisson léger de vos rêves lointains.

Hors vous fantômes las, de mes pieux matins,
J'ai des hordes d'images, impassibles badauds,
Qui bordent les allées et qui font les malins,
fifres étourdissants d'un Paris de bistrots.

dimanche 19 juin 2011

Conscience

L'écrivain est un être conscient. Conscient car il comprend le monde dans chacun de ses mots et le fait parvenir à nous, lecteurs ignorants. Je n'ai que rarement ressenti cet état extatique qui survient à la lecture de ces mots puissants qui nous éclaboussent. Peu d'oeuvre ont provoqué chez moi cette étincelle de conscience, ces détonations de langage; sorte de sursaut de connaissance. La puissance de certaines phrases nous rend incapable de faire autre chose et la prise de conscience, sinon douloureuse, est généralement bouleversante. L'apparition raisonnée du monde qui nous entoure nous fait soudain parvenir, au détour d'un tableau, d'une rime ou d'un dialogue romanesque, toute cette puissance, qui peut passer pour certains pour de l'érudition, mais qui, pour le poète n'est qu'un éclair soudain de l'inconscient révélé.
"Transformer en conscience une expérience aussi large que possible" écrit un jour Malraux. Nous sommes devenus des êtres d'action et l'idée "conscience" n'est que lacunaire et lapidaire. Du ressentir au repentir, l'écriture est la révélation de nos propres limites et de l'incapacité qu'ont beaucoup d'écrivains, amateurs ou plus, à faire de leur écriture une action. Henri Miller dans Le temps des assassins, développe et déplore la perte de cette faculté à agir en cohérence avec son écriture et à faire de ses actions le centre d'une oeuvre poétique consciente à la manière dont Malraux a pu maintes fois y parvenir.
L'écriture peut nous permettre un retour à la raison et on peut écrire pour exister. Mais il est trop facile de se détacher de la conscience de soi-même et de ne pas chercher l'existence au-delà de l'écriture. L'action seule réduit notre conscience à l'univers présent et fait de nous des êtres négligeables et médiocres; mais l'écriture sans existence n'est que rêve égocentrique. Nous sommes des générations d'inconscients et trop peu d'entre nous parviennent aux idées. De retour dans la caverne, il nous faut l'appui des anciens, ce devoir de mémoire que la lecture et la re-lecture de ceux qui nous ont précédés rend à la fois facile et titanesque.
Il me semble que nous n'expérimentons plus le monde, nous le subissons. Nous le subissons car nous n'avons plus de collectif. L'écologie pouvait nous permettre ce retour vers le commun car seul le commun nous permet l'expérience, il suppose la pensée de l'autre, sa prise de conscience. Malheureusement nous avons bannis de nos valeurs l'esprit communautaire et la mort devient ingrate car elle n'est plus l'aboutissement par l'action de cette prise de conscience idéale. Ancrés dans le matériel, la mort devient la fin des idéaux que nous nous sommes trouvés.
J'aime Malraux, profondément, car à sa lecture, j'ai l'imperceptible sursaut de conscience de moi-même et de notre appartenance au monde. Ses mots, sur le papier, souvent jaunis de mes livres, m'ouvrent au monde plus que nombreuses de mes expériences, car c'est de ses mots que naissent ce sentiment d'humanité qu'il est facile d'oublier.
"Tout se créé par la soumission docile à la venue de l'inconscient" affirme Redon en sous-titre d'un de ses "Noirs". Elle n'est pas si facile, cette docilité à son autre moi, mais quand l'inconscient s'affirme, qui nous révèle des pensées profondes, alors seulement vient ce paisible sentiment de plénitude.
Je lis et je vis. Je revis.

lundi 6 juin 2011

A Odilon Redon

J'ai découvert hier, ce quatrain onirique,
De Redon et sa main, le rêve magnifique,
Des ombres rebondies de l'imagination,
Qu'il crayonne à l'envie, loisir de l'abandon.

De l'eau vive ou bien forte, il use son papier
Nous remet en pension ses rêves dépravés,
Saisissons les regards qui distendent les cadres,
Loin des longs corps tortueux de ses hydres.

Un, deux, trois ses troncs amers qui se dessinent,
Ainsi que Trinité, noueuses oraisons,
Il manie fusains sur papier de Chine,
Si bien que sur Velin il lance ses crayons.

De blanc à noir, s'écoule l'infini,
Encore un oeil à la sphère arrondie,
Qu'il y ait trouvé sujet de prédilection,
Ne questionne point notre admiration!

dimanche 5 juin 2011

écrire encore

Il faut que ma plume, point je n'effraie,
De l'angoisse qui soudain m'envahie,
Qu'ai-je à dire du monde qui m'entoure?
N'ai-je pas lu assez, qui me vienne en secours?

De sa vie le poète n'a de cesse,
D'enjoliver et de parer d'atours,
Que ne suffisent ces joies, et paresse
Jamais ne suffira pour écrire toujours.

Il enrichit de ses vers la mesure,
Qu'il prenne ici de nouvelles tournures,
Qu'il trouve là de jolis oxymores,
Mais ce n'est pas assez pour qu'il écrive encore.

De quatrains en tercets, il faut parer,
Au vide et la page blanche enjamber,
Seul, trop vite l'écrivain fait le tour,
De ses démons, lors vaut-il mieux qu'il s'entoure.

Qu'importe faste ou bien désuétude,
L'extrême en tout nourrit l'inquiétude,
Qui pousse littérateurs au génie,
Et qu'enfin de ses vers, il retrouve l'envie.

samedi 4 juin 2011

Du fond de l'antre mordoré,
J'ai vu l'aurore s'enivrer
Des chants humains galvanisants
Que poussent les corps rugissants.

Absinthe au corps, étoile au front,
S'ébranlent les troupes en haillons,
Lors l'âme fière des forbans,
Va par monts, vagues et haubans.

La plume alerte de Shakespeare,
Saisit alors ceux qui expirent,
Ceux à qui est ravie la gloire,
Leur donne posthume victoire.

J'ai fait ce rêve dans la lande,
Que parmi ces corps valeureux,
Parmi tous ces chevaliers preux,

Elisabeth se faisait voir,
Et redonnait enfin à croire,
Qu'Albion aurait paisible offrande.

mercredi 1 juin 2011

mât-drénaline

J'ai levé les yeux vers ce mât
J'y ai vu l'horizon grenat
Sans croire aux courbes de l'ennui,
De la lune qui s'y blottit.

Soudain de l'objet bedonnant,
De l'oubli frêle et fredonnant,
A bientôt chue la nuit sans fin
Donnant à croire au lendemain.

Du bout du mât, tel harponneur,
Soleil guerroie contre sa soeur
De quoi réjouir les gabiers
Qui cherchent lieu où accoster.

Du fond des baies, en solitaire
Sanglote cependant la terre,
Qui pleure l'honnie des navires,
Dont les mâts enivrés chavirent.

Elle est bien seule, pour le croissant,
A verser ses larmes d'enfant
Car pleutres point sont les matelots,
Que tant qu'ils ont du jour l'écho.