lundi 28 février 2011

127 heures

Lumière éteintes, je m'enfonce au fond du siège. La jupe qui plisse un peu trop. Limite inconfortable. Et pas moyen de croiser les jambes. La séance va être longue. Tanpis.

Le film commence. La musique est très forte. Never hear surf music again, dit la musique, entrainante.
-le morceau en entier s'avère étonnamment long, les sonorités grinçantes et les voies caverneuses...mon ingénieur de frère ayant cependant réussi à tout simplement couper une partie du morceau pour répondre à mes souhaits capricieux..-
Le grand Canyon se déroule sous nos yeux et sous les roues d'Aron Ralston.
J'oublie ma jupe, mon parapluie qui mouille mes bouts de pieds et je plonge avec les bulles bleues dans la gourde bientôt asséchée.
Du génie organisationnel, quelques petits instants de répit et une vingtaine d'hallucinations plus tard, me voilà toujours au fond de mon siège...un peu plus au fond d'ailleurs, et le premier coup est passé.
La lame est déjà venue gratter l'os, a fait quelques petits tours et puis s'en est retournée.
Il faut chaud non?
La musique se fait plus forte et voilà, le craquement arrive. Sourd, fort, résonnant. J'ai beau avoir eu l'entrainement Grey's Anatomy, le déboitement de coude n'est toujours pas pour moi source de ravissement. Je suis passée en position autruche-fœtale, que certains d'entre nous connaissent bien, et qui consiste bien plus à cacher le reste du monde de notre propre vision que l'inverse...
Je ne me sens pas bien, vraiment pas. J'écarte les doigts et James Franco en gros plan, du sang plein la bouche, souffle plus fort qu'un bœuf. Pas de cris, que des râles. Et cette phrase répétée, ne t'évanouis pas.
Facile à dire, j'ai déjà les mains tremblantes, la nausée et les étoiles blanches devant les yeux...
Ah non l'encouragement ne m'étais pas destiné. De l'autre côté de la toile, nerfs à vifs, veine à veines, la lame tranche et un autre que moi a bien d'autres raisons de perdre connaissance.
Que dire de l'emballement de mon coeur? Une empathie compatissante, poussée à l'extrême, qui me permet de ressentir jusqu'aux sensations des êtres souffrants que je rencontre? Peu probablement.
Une faiblesse passagère ou alors la capacité de projection et d'extrapolation fantastique qui me caractérise? Sans doute.
C'est dans ces moments-là qu'on se pose toujours la question égocentrée - Et moi? Qu'aurais-fait? Aurais-je réussi? Aurais-je déjà tenu jusqu'à ce niveau d'épuisement?
Il semble que notre capacité à supporter la douleur d'autrui soit beaucoup plus faible que celle de supporter notre propre douleur. Pour les plus sensibles d'entre nous en tout cas. Avons-nous une sorte de force spéciale, cette force qu'on puise dans l'instinct de survie, dans la compréhension de notre propre maitrise de notre survie, et qui nous rendrait tous capables de telles extrémités?
Est-il possible que certains d'entre nous n'ait pas cette capacité? Après tout n'est-ce pas une question d'entrainement? Est-il possible que le développement de notre corps ait des effets amplificateurs sur notre cerveau? Peut-on réellement envisager un lien entre le nombre d'abdominaux effectués quotidiennement (-qui a dit mensuellement? voyons) et notre aptitude à survivre? Ou est-ce, plus que tout entrainement physique, la rigueur et la volonté qui en sont la source, qui assurent à certains d'entre nous cette ressource extraordinaire du dépassement de soi?
Il semble, plus véritablement, que le cerveau a une capacité d'extrapolation limitée et ne peut projeter le corps qui le contient dans des actions qui s'éloignent beaucoup trop de ce qu'il a habituellement l'habitude d'imposer à ce corps. La volonté s'érode bien plus sur un roc dont elle ne connait pas les aspérités. Vérité non universelle, qui n'en est même pas une, et dont les contre-exemples se mêlent dans ma tête à l'instant où j'écris ces lignes. Pourtant, rien de comparable. Et certes, ne pas connaitre les limites de notre habilité à lutter ne fait pas de nous de meilleurs lutteurs. On s'épuise. Oubliez le nombre de virages qui vous reste à parcourir, passez en deux, et faites une pause. Personne ne repars.

J'ai eu récemment une discussion avec un ami, sur un autre de nos instinct - que nous évoquions alors en tant qu' "instinct d'humanité"- qui détermine notre capacité à tuer ou à ne pas tuer, suivant les contextes où cela doit se produire.
Ces questions sur nos instincts -de défense, de survie, de rétraction fraternelle- reste bien souvent sans réponse et j'ai moi même des positions contradictoires. Je ne peux - en si peu de mots- dérouler toute ma pensée mais si j'allume chez certains, la mèche du questionnement, et que j'en reçois les retours, vous m'en verrez ravie!

mardi 22 février 2011

café-croissant

Croit en ta foi. Et en ta fée.
Carré cassant, saint saisissant, fers croisés,
En toi ces références rassérénantes,  fier
Faire et casser, faire de sa foi tant, et terrasser.
Sans croire, sans rire, se faire sortir
Foi écrasante, et tortionnaires
Circonscrire ces écris sanscrits et fraterniser sans effort.
Croire encore en ce forfait, sans éternité.

Café-croissant, foi française
sans cri, sans roi
sans écraser ses frères
torréfier et fraterniser
Croire ce soir et certifier ce ressenti
café fortifiant, croissant réconfortant
ration sans décroissance
français, à tes croissants!
Sainte caféine sort tes cartes
fait croître cette foi,
en ces si entêtants café-croissants...

lundi 21 février 2011

EU et les enfants terribles de son ETS

Depuis la mi-janvier, notre marché carbone souffre.
Des petits trauma comme on en voit tous les jours aux urgences, des problèmes de couples et de confiance entre nos entreprises européennes.
La cause? Le vol de quelques quotas -une somme modique d'environ 2 millions d'euros, qui a entrainé la fermeture complète du marché pendant près de deux semaines. Notre EU ETS a certes un petit nom barbare mais son principe semblait relativement simple.
Prenez la classe des industriels français, distribuez leurs des bons points "permis d'émissions" et faites en sorte qu'ils se les échangent contre monnaie, afin que les mauvais élèves rachètent aux bons élèves les quotas qui leurs manquent, du fait de leurs émissions de gaz à effets de serres trop importantes.
L'idée est très bonne et reste une initiative isolée, faisant de l'Union Européenne la bonne élève de sa propre classe internationale. Quelques copies certes, des marchés volontaires en Chine, au Japon, en Australie, mais que de très moyennes copies à dire vrai. Quelques failles cependant. Alors que nous sommes à mi-période
environ de la deuxième phase d'application du marché carbone, le prix de la tonne de carbone reste trop peu cher -notamment du fait de la forte corrélation avec la crise financière- et le nombre de quotas alloués reste trop élevés pour être véritablement contraignant.
Et voilà qu'à ces failles viennent s'ajouter des problèmes de sécurité des  échanges et de confiance entre les différents acteurs. Le problème n'est pas anodin et la reprise de l'activité sur le marché se fait très lentement. Seuls cinq pays européens -l'Allemagne, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Slovaquie- ont pu se raccorder au  marché.
Et le pire? Cette nouvelle n'est nulle part! Il faut fouiller google, scruter les pages du FT, gratter la Une du Monde et cela, pour quelques miettes seulement. Le FT garde son honneur, avec une page complète dans une  édition d'il y a plusieurs jours.
Et le plus drôle? Je découvre au hasard d'un forum, que la moitié des internautes qui y font des commentaires, ne connaissaient même pas l'existence de ce marché carbone.
Et moi, écologiste demi-portion, économiste demi-mesure, citoyenne en formation je m'étonne, je m'insurge, et j'hésite. Personnellement favorable au marché carbone, persuadée que malgré les fautes d'ortographe, le devoir est bon, et ne manque pas de potentiel, j'hésite à savoir si cette non-couverture de l'évènement est une bonne ou une mauvaise chose? Doit-on rajouter aux malus cette faille opérationnel et de régulation à la note finale, ou doit-on minimiser le problème -principalement technique- afin d'éviter de renforcer la critique du fond?
Pourquoi faut-il toujours que notre optimisme soit déçu? N'avons-nous donc plus le droit de croire à des réelles initiatives en faveur d'une lutte efficace contre le changement climatique? Et pourquoi faut-il toujours que notre espoir aie cet arrière goût d'irresponsabilité? Croire que les outils mis en place peuvent -moyennant correction- réellement changer la donne fait-il de nous des démissionneurs,  des gens qui se contentent des pansements quand la chirurgie s'impose?
Et si finalement, nous n'avions plus de bistouri, et que nous n'en aurons jamais, devons nous pour cela négliger et décrier les agrafes grossières? Je ne veux pas rédiger l'épitaphe du marché carbone. Tout comme je ne veux pas croire à notre impossibilité de changer les choses.
Même si les biocarburants sont à double tranchant,
Même si les panneaux solaires ont des composantes toxiques,
Même si je n'ai pas encore réussi à ne plus boire dans des bouteilles en plastique,
Même s'il est encore possible d'entendre en conférence à Sciences Po que le pic de pétrole est un mythe,
Même si dans un master Environnement, 60% du temps de formation est à l'étranger et suppose encore de prendre l'avion;
Je veux quand même croire. Au marché carbone, à l'économie de la connaissance, aux objectifs de développement du millénaire. A Koffi Annan. A la microfinance...
Et Même que c'est pas facile.

mardi 15 février 2011

Leni dit "que neni"

Les lèvres à peine pincées, le brushing blong à peine dérangé, Leni Riefenstahl regarde son oeuvre.
Le Triomphe de la volonté est l'un de ses chef-d'oeuvre. Tout en technique et en prise de son, résultat de nombreux ajustements, de milliers d'heures de travail, de centaines d'arragements de caméra, de multiples essais montage et du noir et blanc qui magnifie le tout. Qui n'a pas vu l'image n'en connait que l'idée. Un documentaire sans commentaires sur le Congrès de Nuremberg, 114 minutes de Heil et de Hitler, et bien souvent aussi, de Heil Hitler. Wikipedia le dit tout net, "film de propagande nazie", "au service de l'idéologie" (autre source), le Nationalsozialismus sur pellicule, l'autoristarisme en travelling, Leni n'a pas ménagé les effets.
Et pourtant, de sa bouche, point d'idélogie, point de politique, point de prise de parti, point de glorification...rien de tout cela n'est possible, que le spectateur pense ce qu'il veut, Leni c'est l'art pour l'art.
Légumes ou plumes, filmer c'est un art et peu importe qu'on parle de seigle ou d'aigle. Sarcastisque, jamais Riefenstahl n'a cédé le moindre remords. Face à ceux qui l'accusent d'avoir été de la partie, d'avoir aidé à l'organisation -très cinématographique- du congrès, d'avoir eu un role de petite -ou grande- souris dans cette orchestration, Leni s'insurge. Point de gloire à lui attribuer, c'est Hitler, grand manitou des scènes de figurants qui en est l'auteur. Point de responsabilité, point de culpabilité donc.
Tout ce qui se trame dans sa tête, à l'époque, se sont les fondu-enchainés et les coupures de discours optimales. Au détour d'une question plus pressante, on croit, on veut déceler dans la réponse, une reconnaissance à demi-mots de la grandeur du sujet filmé, de son génie pictural. Aveu, enfin, d'une certaine admiration?
Ou est-ce nous, si prêts à la critique, qui cherchons de recoins en recoins le signe d'une conscience? Est-il réellement possible qu'on puisse effectuer une oeuvre au service d'une telle abomination sans en évaluer la portée, les conséquences? Peut-on rechercher le chef d'oeuvre, ignorant du sujet qu'il évoque?
Et si Leni avait fait un mauvais film? Et si ce film avait été détruit ou refusé par Hitler, cela aurait-il été moins grave? Combien de cinéastes, ou autres, ont à l'époque créés de leurs mains, un objet propre à servir la cause?
Leni finit par se lasser, démentir est fatiguant et puis après tout, n'était-elle pas comme quatre-vingts pourcents de la population, simplement enthousiasmée? Et si finalement, son seul tort était d'être restée en vie? Les morts ont toujours tort, à eux point de droit de défense. Et les vivants? Envers et contre tout, Leni, pour nous tu es naziphile. C'est notre sauvegarde à nous que tu préserves encore un peu. Ta critique nous est nécessaire, elle assure à notre conscience le repos, elle nous protège nous-même de ce doute, que porte nos génération: Et moi? Qu'aurais-je fait?

samedi 12 février 2011

imagination intempestive..

C'est l'histoire d'un homme. Ou d'une femme.
Il est jeune. Ou vieux. Ou Elle...
Il est né au Brésil. Ou au Pakistan. Ou au Canada. Ou Elle...
Il est menuisier. Ou trader. Ou économiste. Ou médecin. Ou Elle...
Il est claustrophobe. Ou gymnophobe. Ou kénophobe. Ou suiphobe. Ou pantophobe. Ou Elle...
Il veut prendre le train. Ou l'avion. Ou le bateau. Ou la voiture. Ou le vélo. Ou marcher. Ou Elle...
Il veut aller à Tunis. Ou Rio. Ou Moscou. Ou Pékin. Ou Oslo. Ou Rome. Ou Bakou. Ou Elle...
Il ira dans 2 jours. Ou trois. Ou cinq. Ou dix. Ou vingt. Ou cent. Ou mille. Ou pas. Ou Elle...

On peut écrire un livre. Ou pas.
Choisir une histoire. Ou pas.
La finir. Ou pas.
Changer l'intrigue. Ou pas.
Ecrire toujours plus. Ou pas.
L'aimer. Ou pas.
Avoir du talent. Ou pas
Savoir le reconnaitre. Ou pas.

Le génie c'est l'imagination. L'imagination c'est un choix. C'est prendre conscience de ce choix. Et savoir choisir. L'écrivain a dans sa tête un tableau excel, aux dix milles lignes, aux cent milles colonnes. Comme tout le monde. Chaque jour, sa vie remplit ses cases. Comme tout le monde. Et un jour, il choisit une formule. Et assemble ses cases. Comme personne...

jeudi 10 février 2011

logorrhée

logorrhéé mordorée,
disparaître au matin
paraître blême au teint
pain de lutte ambiguë
point de chute exiguë
envolée et en sang;
au voleur de printemps!
rester digne aux émois,
et moi garder le signe
de l'admirable effroi
devant le glabre cygne.
enfin perle authentique
de l'éthique patentée;
pélerinage épique
des pardons policés,
logorrhée hépatique
de ces maux libérés.

mardi 8 février 2011

agapê

 Grey's Anatomy, ennième saison, quarante et unième minute. Serait-ce des larmes qui me montent aux yeux? Non je ne veux pas y croire. Il faut me départir de ce sentimentalisme. Enfin, vraiment, les séries américaines, si chères à nos heures perdues, arriveraient-elles, finalement, à décrire des sentiments que nous sommes bien rares aujourd'hui à ressentir et surtout à exprimer?
Comment expliquer notre gentille schizophrénie, ces je t'aime-moi non plus, envers ces séries où les relations humaines se décortiquent selon le maillage de vases clos édulcorés?
J'ai eu, il y a quelques jours, un cours sur les différents ordres qui stratifient l'ordre global, et visent à cette justice dont on se gargarise de tous côtés, et qui résiste si peu à notre real politik. Il semblerait bien que notre ordre ultime soit celui de l'amour, cet amour que par eurocentrisme nous tendons à assimiler à notre amour chrétien, à l'agapê. 
Amour ultime pour ordre ultime, eros et philia mis de côté, ce n'est pas mon propos, aujourd'hui, de détailler les distinctions sémantiques, philosophiques et sociales qui existent entre ces trois amours. Précisons simplement, qu'eros correspond à l'amour charnel, au désir qui disparait une fois assouvi et que philia correspond à notre amitié, fraternité humaniste du "bonheur de l'existence de l'autre" (dixit le professeur émérite).
Ce n'est pas mon propos, en outre, car il s'avère que ces trois formes d'amour se retrouvent, sinon également, du moins globalement dans l'objet premier de mon poste: nos si appréciés soap operas (pour les meilleurs d'entre eux).
Que dire donc de cette mise en image de ces fondements des relations humaines? Il serait un peu ridicule de prétendre à une conscience affirmée des créateurs de séries, d'un désir d'articuler leurs travaux sur cette prospection philosophique. Ce qui m'intéresse, plus justement, ce sont nos sentiments si partagés face à ces démonstrations.
J'ai déjà évoqué, dans un précédent article, la question du ridicule, et de la désarticulation des mondes de représentation de chaque individu, dont les décalages provoquent l'incompréhension qui mène à ce sentiment de ridicule. Notre cynisme sceptique face à ces scénarios bien pensants, où sacrifice et patience sont parties intégrantes de la relation amoureuse, n'est-il pas qu'une manière comme une autre de traduire une aspiration.  Le ridicule que nous attribuons à ces représentations -qualifiées à juste titre d'idéalistes- ne doit-il pas à la conscience que nous avons aujourd'hui, de notre incapacité à matérialiser notre amour par des actes désintéressés.
Il existe encore des gens pour qui le bonheur de l'autre reste une réalité prioritaire, et la chance veut que j'ai le plaisir d'en connaitre. Cependant, n'est-il pas, pour la plupart d'entre nous, plus facile, et moins culpabilisant, d'aller chercher dans le divertissement des preuves de ce défaut de réalisation de cette philia et de cette agapê antiques?
Ce discours peut paraître très pessimiste et il semble s'appesantir sur des points noirs de notre société: nos incapacités à communiquer, à partager, à aimer. L'objet n'est pas tant de paraitre désabusée que de tenter de souligner cette ambiguïté d'aspiration entre ce que nous savons être le mieux, le bien; et notre faiblesse face aux contraintes et à cette désadaptation que suppose l'atteinte de cet amour moral.
L'homme parfait s'ennuie et la femme parfaite ennuie l'homme. L'inverse semble ironiquement moins vrai. Pourrait-on expliquer, toujours un peu cyniques, la propension supérieure de la femme à apprécier ces représentations idéalistes par cette plus grande capacité qu'elle a de se satisfaire de sa propre morale, de la croyance qu'elle a de sa propre habilité à atteindre cette agapê?
Aller plus avant me semble être un exercice d'équilibre trop périlleux. Je m'arrête à l'idée déculpabilisante que la réflexion philosophique, où qu'elle porte son objet, et quel qu'en soit son aboutissement, permet de soulager le poids de nos trop nombreuses -mais si petites- imperfections.

dimanche 6 février 2011

Paris je t'aime...encore

Dimanche, il est 6h. La rue qui se déroule est froide, ensoleillée.
Il me faut un café. Je tourne le coin d'une rue. Gutemberg me surveille.
Je passe là où, jadis, j'aimais à m'amuser.
L'Imprimerie Nationale, ses couloirs désertés, ses presses lourdes à pédales et ses massicotiers.
Le Café Marivaux; un autre nom peut-être.
J'entre, passe le rideaux, et approche du comptoir. Un café s'il vous plait, et avec un verre d'eau.
J'ouvre, c'est un peut rare, le FT tout froissé, et je lis en silence; c'est une lecture croisée.
Se mélangent dans ma tête, Souleiman et Copé et les bruits des clients et leurs rires d'éclopés.
Ils sont là, peu nombreux, entre bière et rosé, à parler sans comprendre, à boire sans s'ennivrer.
On ne vient à Paris, et dans tous ses cafés, ni pour boire, ni pour lire, juste pour regarder.
Regarder le monde vivre, les traditions garder.
Du carreau au placard, des lampes au mobilier, tout est là impassible et nous voit échanger.
La France du dimanche soir, celle des années passées, on y tient à nos rites, et à nos panachés!
De partout il parait, Les Echos le confirme, on y vient s'attabler, pour manger, il nous plait, et choucroutes et potées.
Il nous faut, et si peu, loin du monde financier, qu'un plat chaud, généreux, pour nous émoustiller.
Ils nous aiment ces touristes, pour nos petits cafés, où il fait et bon vivre et bon se restaurer...

mercredi 2 février 2011

hésitation

ne pas savoir
décider
à toi de croire
partager

se rétracter encore
hésiter
devant ses yeux éclore
et trembler.

point besoin d'une feuille,
pour l'écrire;
loin pourtant est le deuil,
mais souffrir.

ne penser qu'à demain
eu égards
aux amoureux chagrin,
aux départs.

se perdre dans les joutes
et le fiel
savoir semer le doute
démentiel

un mot pour deux
imbéciles
chevaliers preux
mais fragiles

matin glacé
découvrir
le mot aimer
et sourire.