samedi 24 septembre 2011

La méprise de Nana

J'ai crus voir sur l'huis l'âme de mon mignon,
Qui venait follement piétiner mes amours
Crachant à qui l'écoute le lait du giron
Comme il est fort naïf, jeune on le croit balourd,

J'ai commis la méprise de laisser genoux,
Sous la tête rieuse de l'enfant pieux,
Malheureuse étourdie, je frappais tout à coup,
Le coeur qui aussitôt se libérait de dieu.

Longtemps je l'ai laissé fureter dans mes jupes,
Que dis-je, s’enivrer du bord de mes chevilles,
Je le croyais nigot, peuh, il n'était pas dupe,
Il savait que je ne suis pas des chastes filles.

Un jour je crus pouvoir m'échapper de la fête,
Mais l'affreux sottement me tenait le crachoir,
Déjà j'étais découverte, et me trouvais bête,
Je ne savais comment sinon le faire boire.

J'eus bientôt à mon bras une bien ivre loque,
Balbutiant des mots doux aux nombreux soupirants,
Que j'avais, oublieuse, conviés en rentrant,
Du théâtre où jouait mon mignon d'amerloque.

Point n'est assez de dire mon fort embarras,
d'être ainsi embrassée par le fougueux babil,
de ce gamin ganté, pouponnant et bien gras,
Il faudrait pour sortir de ce pas être habile.

Cependant si nature me fit généreuse,
Elle-même traîna à me donner l'habit,
Des lumières du mot, de la tournure creuse,
Qui sauve maints galants, quoique bien malappris.

Me voilà donc honnête, en mauvaise posture,
Quelle belle leçon, on ne m'y prendra plus,
Je laisse aux érudits les joies de l'imposture,
Et garde de l’idylle un goût amer et cru.

mardi 20 septembre 2011

musicale nocturne

Mardi neuf heures du soir, j'ai pris le train encore,
Echaudée du voyage et rompue aux machines,
Je rêve que les sièges meuvent leurs corps,
et que leurs pieds arqués me chantent des comptines.

Immobiles et pourtant je les vois se mouvoir,
Tels des araignées en file dans le couloir,
Leur silence est pesant, je préfère qu'ils piaillent,
Que je rie avec eux, que je fasse ripaille.

Point n'est drôle en effet, le trajet du retour,
Esseulée sur mon siège, en peine de discours,
J'aime à imaginer qu'ils dansent et se dandinent
Rompant de leur ballet la nocturne routine.

Il en va de ses jours où, aussi, fatigués,
Ils s'épanchent à moi, aigrie de leur wagon,
Partageant leur émoi de me voir épuisée,
Ils défendent en chantant leur étrange lagon.

Où je vois vase clos, où je pense prison,
Ils s'octroient la folie d'y trouver poésie,
Et tentent par leurs cris d'énoncer leur vision,
Mais j'ai du mal ce soir à croire l’élégie.

Fermant quelques instants les yeux en malpolie,
Je me fais rappeler à l'ordre par mon séant,
Enfin qui ose ainsi révéler son ennui,
A l'écoute des bruits des hôtes bienveillants.

Car reconnaissons-le, nous nous sommes invités,
Aux chaises musicales de ces strapontins
Sans moindre prévenance, nous nous sommes affalés
Au point qu'on ne sait plus qui sont les vrais pantins.