samedi 16 avril 2011

N'ayons pas peur d'être fragiles: Sur nos voisins, tanguons tranquille!

La Défense, encore. J'ai passé la journée parmi les tours et l'heure du retour a sonné.
Je m'assoie sur la banquette de la ligne 1 et un jeune homme vient s'asseoir à ma gauche.
J'ouvre Alternatives économiques et lui une biographie de Staline, je crois.
Mes yeux défilent sur les questions de bouclier fiscal et de détournement des rentes pétrolières au Congo-Brazzaville.
Je jette de temps en temps un coup d'oeil sur les lignes de mon voisin: "Le tsar prend le métro" annonce le chapitre...(oui, j'ai également appris il y a longtemps que Staline n'était pas Tsar mais les images des écrivains ne se discutent pas... jamais :)
Et puis le livre de mon voisin se ferme; sans doute l'inexactitude des références historiques l'aura irrité. Je poursuis ma lecture, jusqu'à ce que je surprenne ce petit sursaut bien connu de la tête du dormeur qui se penche un peu trop. J'ai perdu mon voisin, Morphée vient de l'emporter très loin.
Je n'envisage pas d'y prêter plus d'attention que cela mais le sursaut recommence, et l'épaule s'affaisse. Je vois en coin le corps qui tangue et j'imagine déjà, l'homme piquer du nez son mon magazine. Je m'apprête à sourire mais les images des longs trajets en voiture me reviennent. L'attente inconfortable des enfants qui se laissent conduire jusqu'au lieu des vacances et mon frère qui, d'une manière très similaire, marque la cadence d'avant en arrière. Les nerfs qui tirent et les crampes se rappellent à moi, tout autant qu'une voix familière: "Bloque la tête de ton frère! Il va se faire mal".
Ce souvenir, outre le fait qu'il me rappelle combien mes dernières vacances sont lointaines, m'amène à envisager la situation de mon voisin sous un autre angle.
Je pourrais m'amuser de son petit ballet, si seulement cela ne supposait pas de tourner ostensiblement la tête pour le dévisager, et me soumettre également à l'attention moqueuse de la brochette d'en face. J'adopte alors une position plus raisonnable et je décide de soutenir discrètement l'épaule endormie du bout du coude, et de poursuivre ma lecture.
Les stations défilent et je sens à chaque arrêt, à chaque tournant, les pressions du buste qui chavire. Chaque petit coup que je décoche m'extirpe un sourire et je ne peux m'empêcher de tourner le regard pour voir les yeux fermés cligner inconsciemment. Lorsque l'arrêt se fait brutal, j'aperçois deux pupilles fixer l'horizon un instant et je sursaut moi-même de me trouver démasquée. Et je souris surtout de ce petit jeu de cache-cache que je joue avec moi-même. Car je suis seule à me rendre compte du manège et je n'en suis que plus amusée.
Je crois une seconde que mon inconnu a oublié sa station et que ma distraction va durer mais non, il se réveille, ferme son livre, se lève et s'en va.
Un autre voisin vient le remplacer et l'image s'évapore mais le sourire reste. Je m'amuse sans me lasser de tous ces petits rien qui nous mettent de bonne humeur.

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