vendredi 11 mars 2011

Hungarian Romania

http://www.youtube.com/watch?v=pqw7NQk0cdY&feature=related (pour comprendre la lecture de ce qui suit, il me semble important d'en écouter le sujet...la performance étant sans nul doute majorée par l'âge du pianiste)

Ce soir concert à l'ambassade de Roumanie.
Je prends place dans le salon doré. Zut j'ai mis un jean. Moi qui suis toujours la première à sortir mes robes et mes talons, me voilà en ersatzt de tenue de ville.
Je prends discrètement place sur un siège au fond de la salle, mais heureusement il n'y a personne devant moi et je verrais tout.
Le concert est organisé en partenariat avec le Musée des Lettres et des Manuscrits où travaille une connaissance et le concert est l'oeuvre d'Illinca Gheorghiu, soeur d'Angela.
J'ouvre enfin le programme, alors qu'une figure, multicolore des talons aux paupières, vient se placer devant moi. Son chignon blond arriverait presque à me cacher un bout du piano.
Ce sera Liszt donc. Et de jeunes talents, à peine plus vieux que nos chers prep-ENA, en lieu et place de Cosima (mezzo-soprano),  Daniel (baryton) et Blandine (piano).
Et une heure trente de Liszt c'est déjà une heure trente de gagnée dans la recherche du bonheur.
S'enchainent sur les notes lieds de Heine et vers de Lamartine, à l'occasion même nous lit-on deux trois mots de Sand.
L'entrée de la matière puissante arrive avec La Campanella et déjà j'oublie quelle stupide raison a pu me faire hésiter. La rhapsodie hongroise achève de m'arracher au salon.
J'ai toujours aimé les musiques rythmées, les mélodies d'Europe de l'Est, chants tsiganes ou mazurka.
Je ne saurais évoquer les sentiments que j'éprouve quand les premières notes de la rhapsodie se déposent à mon oreille en les comparant au plaisir. Certes non, je n'éprouve pas de plaisir à leur écoute.
Le plaisir est bref et s'il s'ennivre de lui-même ce n'est que pour mourir plus rapidement.
Et moi, où que je sois, dès que raisonnent ces notes, je me retrouve plongée dans une sorte de léthargie, au point que parfois je dois cesser toute activité. Ces notes m'arrachent petit à petit à mon environnement, et pour les suivre, il faut que je m'isole. Que je les laisse me prendre. Elles vont chercher très loin en moi et bougent toutes mes entrailles. Je les sens plonger dans ma poitrine et venir serrer mon coeur, comprimer chaque veine, suspendre l'écoulement du sang. Chaque note vient frapper et se répand le long de mes bras.
Je suis alors déchirée entre la mélodie qui s'enfuie et qui me donne envie de courir, de faire exploser mon corps pour mieux sentir l'exaltation, et ces notes qu'elle laisse derrière elle, pour me retenir.
Je suppose qu'il arrive à bien d'autre cette expérience de vie et seule la danse me permet d'atteindre cette sorte de transe, objet de nombreuses conjectures, dont le Sacre du Printemps fait l'élégie et je m'interroge sur l'importance de cette relation entre nos sens et nos pensée.
Tel un dervich tourneur j'ai envie, j'ai l'impression que mon corps se meut par saccade, alors que les vagues hongroises font des allers retours. Puis les triolets s'accélèrent et je sens, j'aimerai sentir mes bras tourner et virevolter. Réussir à suivre l'embalement mais je suis prisonière de mon émotion et dans la frustration de mon incapacité à me fondre avec le rythme, je retombe dans l'immobilité et tente de chercher au fond de moi les déchainements que je n'ai pas réussi à imprimer à mon corps.
Robert Nozick affirmait que l'homme ne saurait se satisfaire d'une machine qui lui donnerait l'illusion de faire les choses car il demeurerait en lui ce désir innasouvi d'effectivement faire ces choses. Comme dans beaucoup de cas, le ressenti de l'action n'est pas tant convoité que l'idée même d'accomplissement de cette action. Se pourrait-il que les sentiments qui naissent de l'écoute de cette musique qui m'enchante naissent de cette incapacité que j'ai de vivre matériellement cette musique? Jalousie du musicien, frustration de danseuse, sommes-nous capable d'imprimer à notre corps les mouvements de ces notes? Puiser toujours plus profond, chercher la note au profond des cellules et plonger à coeur ouvert vers cette non-matérialité qui s'échappe.
Le silence dit-on disparait dès qu'on le nomme. La musique comme l'idée s'enfuie quand on veut la toucher. Mon corps, cette contraine incapable me limite et pourtant j'entrevois enfin une délivrance. Je ferme les yeux et m'accroche aux premières notes, et là enfin, je sais, que je ma pensée court plus vite que la musique; les notes s'enchainent et se délient sous mes yeux bien avant qu'elles ne frappent mes oreilles. Et ce bonheur est mien de recréation.
Ah! Mélomanes paisibles que les amants patients.

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