mardi 15 février 2011

Leni dit "que neni"

Les lèvres à peine pincées, le brushing blong à peine dérangé, Leni Riefenstahl regarde son oeuvre.
Le Triomphe de la volonté est l'un de ses chef-d'oeuvre. Tout en technique et en prise de son, résultat de nombreux ajustements, de milliers d'heures de travail, de centaines d'arragements de caméra, de multiples essais montage et du noir et blanc qui magnifie le tout. Qui n'a pas vu l'image n'en connait que l'idée. Un documentaire sans commentaires sur le Congrès de Nuremberg, 114 minutes de Heil et de Hitler, et bien souvent aussi, de Heil Hitler. Wikipedia le dit tout net, "film de propagande nazie", "au service de l'idéologie" (autre source), le Nationalsozialismus sur pellicule, l'autoristarisme en travelling, Leni n'a pas ménagé les effets.
Et pourtant, de sa bouche, point d'idélogie, point de politique, point de prise de parti, point de glorification...rien de tout cela n'est possible, que le spectateur pense ce qu'il veut, Leni c'est l'art pour l'art.
Légumes ou plumes, filmer c'est un art et peu importe qu'on parle de seigle ou d'aigle. Sarcastisque, jamais Riefenstahl n'a cédé le moindre remords. Face à ceux qui l'accusent d'avoir été de la partie, d'avoir aidé à l'organisation -très cinématographique- du congrès, d'avoir eu un role de petite -ou grande- souris dans cette orchestration, Leni s'insurge. Point de gloire à lui attribuer, c'est Hitler, grand manitou des scènes de figurants qui en est l'auteur. Point de responsabilité, point de culpabilité donc.
Tout ce qui se trame dans sa tête, à l'époque, se sont les fondu-enchainés et les coupures de discours optimales. Au détour d'une question plus pressante, on croit, on veut déceler dans la réponse, une reconnaissance à demi-mots de la grandeur du sujet filmé, de son génie pictural. Aveu, enfin, d'une certaine admiration?
Ou est-ce nous, si prêts à la critique, qui cherchons de recoins en recoins le signe d'une conscience? Est-il réellement possible qu'on puisse effectuer une oeuvre au service d'une telle abomination sans en évaluer la portée, les conséquences? Peut-on rechercher le chef d'oeuvre, ignorant du sujet qu'il évoque?
Et si Leni avait fait un mauvais film? Et si ce film avait été détruit ou refusé par Hitler, cela aurait-il été moins grave? Combien de cinéastes, ou autres, ont à l'époque créés de leurs mains, un objet propre à servir la cause?
Leni finit par se lasser, démentir est fatiguant et puis après tout, n'était-elle pas comme quatre-vingts pourcents de la population, simplement enthousiasmée? Et si finalement, son seul tort était d'être restée en vie? Les morts ont toujours tort, à eux point de droit de défense. Et les vivants? Envers et contre tout, Leni, pour nous tu es naziphile. C'est notre sauvegarde à nous que tu préserves encore un peu. Ta critique nous est nécessaire, elle assure à notre conscience le repos, elle nous protège nous-même de ce doute, que porte nos génération: Et moi? Qu'aurais-je fait?

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