lundi 21 février 2011

EU et les enfants terribles de son ETS

Depuis la mi-janvier, notre marché carbone souffre.
Des petits trauma comme on en voit tous les jours aux urgences, des problèmes de couples et de confiance entre nos entreprises européennes.
La cause? Le vol de quelques quotas -une somme modique d'environ 2 millions d'euros, qui a entrainé la fermeture complète du marché pendant près de deux semaines. Notre EU ETS a certes un petit nom barbare mais son principe semblait relativement simple.
Prenez la classe des industriels français, distribuez leurs des bons points "permis d'émissions" et faites en sorte qu'ils se les échangent contre monnaie, afin que les mauvais élèves rachètent aux bons élèves les quotas qui leurs manquent, du fait de leurs émissions de gaz à effets de serres trop importantes.
L'idée est très bonne et reste une initiative isolée, faisant de l'Union Européenne la bonne élève de sa propre classe internationale. Quelques copies certes, des marchés volontaires en Chine, au Japon, en Australie, mais que de très moyennes copies à dire vrai. Quelques failles cependant. Alors que nous sommes à mi-période
environ de la deuxième phase d'application du marché carbone, le prix de la tonne de carbone reste trop peu cher -notamment du fait de la forte corrélation avec la crise financière- et le nombre de quotas alloués reste trop élevés pour être véritablement contraignant.
Et voilà qu'à ces failles viennent s'ajouter des problèmes de sécurité des  échanges et de confiance entre les différents acteurs. Le problème n'est pas anodin et la reprise de l'activité sur le marché se fait très lentement. Seuls cinq pays européens -l'Allemagne, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Slovaquie- ont pu se raccorder au  marché.
Et le pire? Cette nouvelle n'est nulle part! Il faut fouiller google, scruter les pages du FT, gratter la Une du Monde et cela, pour quelques miettes seulement. Le FT garde son honneur, avec une page complète dans une  édition d'il y a plusieurs jours.
Et le plus drôle? Je découvre au hasard d'un forum, que la moitié des internautes qui y font des commentaires, ne connaissaient même pas l'existence de ce marché carbone.
Et moi, écologiste demi-portion, économiste demi-mesure, citoyenne en formation je m'étonne, je m'insurge, et j'hésite. Personnellement favorable au marché carbone, persuadée que malgré les fautes d'ortographe, le devoir est bon, et ne manque pas de potentiel, j'hésite à savoir si cette non-couverture de l'évènement est une bonne ou une mauvaise chose? Doit-on rajouter aux malus cette faille opérationnel et de régulation à la note finale, ou doit-on minimiser le problème -principalement technique- afin d'éviter de renforcer la critique du fond?
Pourquoi faut-il toujours que notre optimisme soit déçu? N'avons-nous donc plus le droit de croire à des réelles initiatives en faveur d'une lutte efficace contre le changement climatique? Et pourquoi faut-il toujours que notre espoir aie cet arrière goût d'irresponsabilité? Croire que les outils mis en place peuvent -moyennant correction- réellement changer la donne fait-il de nous des démissionneurs,  des gens qui se contentent des pansements quand la chirurgie s'impose?
Et si finalement, nous n'avions plus de bistouri, et que nous n'en aurons jamais, devons nous pour cela négliger et décrier les agrafes grossières? Je ne veux pas rédiger l'épitaphe du marché carbone. Tout comme je ne veux pas croire à notre impossibilité de changer les choses.
Même si les biocarburants sont à double tranchant,
Même si les panneaux solaires ont des composantes toxiques,
Même si je n'ai pas encore réussi à ne plus boire dans des bouteilles en plastique,
Même s'il est encore possible d'entendre en conférence à Sciences Po que le pic de pétrole est un mythe,
Même si dans un master Environnement, 60% du temps de formation est à l'étranger et suppose encore de prendre l'avion;
Je veux quand même croire. Au marché carbone, à l'économie de la connaissance, aux objectifs de développement du millénaire. A Koffi Annan. A la microfinance...
Et Même que c'est pas facile.

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