jeudi 30 décembre 2010

la honte la honte la honte

Rendez-vous chez le médecin. Routine.
Je monte, je sonne, dans la salle d'attente personne, ah non, c'est de l'autre côté...
Aie, j'en ai au moins pour quarantes minutes d'attente. Alors je penche la main, je prends Le Point, et commence cette lecture survolante, ignorante, qui s'accroche aux images et parfois aux "dixit"...
Je feuillète, j'épluchote, et cherche parmi tous les articles, la perle divertissante. Pas grand chose puis je tombe sur ce titre accrocheur s'il en est "Mourir de dire, la honte"...
Je commence la lecture, entretien avec l'auteur, Boris Cyrulnik.
Des anecdotes, quelques explications et puis des phrases à la jetée, qui sonnent si justes. C'est vrai, on a tous connu la honte! Amusant comme parfois, il nous faut des instants aussi insignifiants qu'une attente de rendez-vous pour tomber sur des perles de psychologie, que finalement on aurait pu trouver tous seuls.
Qui n'a jamais dit: la honte!
Mais qu'est-ce que la honte? et pourquoi cette réaction si bizarre de se refermer sur soi? De ne plus pouvoir rien dire? D'avoir cette envie de disparaitre et ne plus pouvoir rompre ces silences avec les gens qui nous entourent, avec ceux dont on se représente le mépris envers soi-même? Comme dit Boris Cyrulnik, la honte correspond à l'apparition de la perception du monde psychologique de l'autre, de sa représentation du monde. La honte correspond en fait à une projection qu'on a de soi-même dans le monde de l'autre, et qui est une projection méprisable.
Pour moi la honte, c'est ce sentiment désagréable d'incompréhension entre deux schémas cognitifs, je crois faire blanc et je ne vois dans les regards des autres que du noir? Pourquoi croyais-je faire blanc? Mes repères moraux, psychiques sont-ils faux? Ma propre perception du monde et de moi-même est-elle erronnée?
La honte correspond à une remise en question de notre propre représentation mentale, d'où ce sentiment de perdition, cette incapacité à renouer un dialogue car on ne sait plus quels sont les repères auxquels s'accrocher, quels codes utiliser pour se faire comprendre par l'autre.
Disparaitre pour ne plus être confronté à cet autre monde, pour ne plus être remis en question dans son individualité.
Mais cette disparition doit se faire par rapport à tous nos contacts sociaux, car du coup, comment savoir à nouveau, à chaque rencontre, quels seront les perceptions de nos actes? A nouveau retrouver le noir?
Je n'ai pas lu le livre de Boris Cyrulnik, encore, mais il évoque dans ses interview les différentes réactions des individus face à ce sentiment de honte. Au delà de cette question de la mise en difficulté des rapports sociaux, il se développe chez l'individu une sorte de carapace à la honte, en même temps que cette attitude de défense permanente, car tout contact est désormais analysé comme une prise de position par rapport à un schéma moral, psychologique.
Seul remède? Provoquer les actions qui n'entrent dans aucun cadre, aucun moule social, provoquer une folie, mais une folie désirée, et en quelque sorte contrôlée. Vous ne me comprenez pas? Normal je me veux incompréhensible, je n'ai que faire de vos codes et vous ne pouvez les retrouvez dans mes actes car je ne réponds à aucune logique, à aucune morale. Un je m'en foutisme volontariste qui peut cependant entrainer un nouveau sentiment de honte car on ne peut indéfiniment s'affranchir de ces miroirs des autres. Hormis la solitude complète, il est impossible de se départir de cet "enfer des autres" comme disait Sartre. Leurs yeux sont nos miroirs...
Alors aimez-nous, aimez-vous, et sachez voir dans l'Autre, d'aussi gentils fous que vous ...

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