dimanche 19 décembre 2010

Hey it's OK

Encore un dimanche matin, deuxième jour des vacances...
La neige étreint les arbres et caresse les pelisses. Tout est calme et je décide, je ne sais exactement pour quelles raisons, de replonger dans mes vieux albums photos.
Ce genre d'occupations, un peu stériles, qu'on fait lorsque soudain, le temps s'étire face à nous et que pour quelques heures, on peut laisser libre cours aux plus menus plaisirs.
J'ouvre et page à page, je poursuis mes souvenirs. Des fêtes fort arrosées, des balades d'après-midi, les jours loins de Paris, et puis éparses, des vues de Chamonix.
J'ai certes la mémoire pleine de tous ces sommets, dont je ne retiens pas les noms, de ces dizaines de coucher de soleil, ces orages ennivrants, ces veillées étoilées que j'ai passé là-bas..
Je pourrais évoquer des millions d'instants chargés d'émotions, la montagne y est propice, elle nous prend et ne quitte plus ni nos mains ni nos coeurs. Elle accroche à ses aiguilles les lambeaux de ses enfants, et les saoûle de son air pur...
Goûtez l'ivresse de l'altitude et perdez-y le goût des plaines. Plus d'un y sont sensibles et j'ai déjà eu bien sûr ce tremblement qui part des genoux et remonte jusqu'au front, la tête en branle, les yeux au bord du gouffre.
Je n'ai cependant ni l'audace ni le temps, de rendre à la montagne l'émoi qu'elle nous insuffle et je préfère aux escapades d'écorchés, les sorties matinales sur les routes de village.
Mon instant préféré est certes lorsque je prends, par grand matin, et chaussures et écharpe et que je monte jusqu'au cimetière, pour du coin de l'oeil, saluer les ailleux.
La route est courte et peu ardue, il suffit par les virages, de suivre le levant. Petite, telle un robin des bois, je passais, courant et trébuchant, par le chemin de la résistance. Entre ronces et noisettes, je cherchais parmi les feuilles, la neige des monts d'en face. Il n'est rien de plus doux, de sortir des derniers arpents de forêt et d'être soudain soumis aux rayons du soleil. Panorama scintillant des cimes blanchies, encore quelques marches, course parmi les pierres grises.
Il me faut encore passer le portail, entrer dans leurs demeures, passer le troisième pin et longer la rangée. J'arrive, tout est paisible. Tout le long du trajet, je reste dos à la plaine, le regard toujours tourné vers la pierre rose et gravée. Lorsqu'enfin je m'arrête, face à eux, leur repos éternel, je peux enfin me retourner, et saluer le Mont Blanc, dire bonjour au levant. Et alors je m'emplie des embruns d'éternité, je fais corps avec eux, je reste dans le silence. Les vieux en contrebas jettent des fleurs fânées, repoussent quelques graviers et baissent en silence, les yeux sur leur moitié. Il est bon d'être là, parmi les précédents, et se sentir, pour une minute, le suivant des suivants. Brel n'a pas tout dit, on aspire certains jours, à se sentir ainsi entouré.
Tous ces regards qui antan, ont su parler nature, et vivre sous ce plateau neigeux, le désert de Platée...

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